Un peu d'histoire

7 Avril 2017

Depuis 1671, les seigneuries et les fermes des familles françaises habitant « hors-les-murs » tracent le sentier de l’éventuelle rue Saint-Denis. Après le Régime français, les familles Viger et Papineau font don de ce passage indispensable entre l’ancienne Ville-Marie et le plateau du Mont-Royal.

Le terme Quartier latin est d'origine parisienne et désigne l'arrondissement où s'élevait l'université, dont l'enseignement était dispensé en latin. L'usage montréalais de cette expression remonte à 1876 lorsqu'une filiale de l'Université Laval vient s'installer dans ce secteur. Cette filiale deviendra en 1919 l'Université de Montréal. On y retrouvait alors les facultés de théologie, de droit et de médecine. Plus tard, l'École Polytechnique (1905), l'École des Hautes Études Commerciales (1907) et la Bibliothèque Saint-Sulpice (1915) vinrent confirmer la vocation universitaire du quartier.

Ainsi, au début du xxe siècle, le Quartier Latin de Montréal constituait l'un des principaux foyers intellectuels francophones de l'Amérique française. À l'époque, notables, magistrats, hommes de lettres et étudiants fréquentaient assidument ses nombreux cafés-terrasses, ses librairies et ses tabagies. L'école littéraire de Montréal y tenait certaines séances clandestines.

À la même période, le Quartier Latin était de plus un secteur cossu, où résidait l'intelligentsia francophone de Montréal. Dès l'arrivée de l'Université Laval, une population riche et instruite s'empare du secteur qui comptait déjà plusieurs résidences construites autour de la cathédrale Saint-Jacques de Montréal, rue Saint-Denis. Les nouvelles demeures en pierre se font monumentales et victoriennes. On aménage des espaces verts, à l'exemple du très fréquenté square Viger.

La prospérité du Quartier Latin s'est maintenue jusqu'en 1940, année du départ de l'Université de Montréal pour le flanc nord du Mont-Royal. Ce déménagement marque le début de la dégradation du secteur, car les familles bourgeoises se déplacent elles aussi sur la montagne, se réfugiant entre autres à Outremont. De nombreuses résidences sont démolies, pour l'élargissement des boulevards Dorchester et Maisonneuve et la construction de plusieurs complexes à bureaux. Quant à l'élégant Square Viger, il disparaît pour laisser place à un stationnement, à un tronçon de la rue Berri puis à l'autoroute Ville-Marie, avant de renaître selon un concept bétonné développé par Charles Daudelin.

Au début des années 1970, l'implantation de l'Université du Québec à Montréal (UQAM) et du Cégep du Vieux Montréal donnera un second souffle au quartier. Le Festival international de Jazz de Montréal s'y est tenu durant les années 1980 et la présence du Festival Juste pour Rire à partir des années 1990 jusqu'au milieu de la première décennie des années 2000 allaient aussi participer à relancer le quartier pendant la période estivale. 

Aujourd'hui, le Quartier latin conserve toujours son côté intellectuel et académique, notamment par la présence de ses institutions d'enseignement, soit les nombreux pavillons de l'Université du Québec à Montréal, le Cégep du Vieux Montréal ainsi que l'Institut de l'Imagerie et du Son (INIS), mais également en raison des nombreuses institutions culturelles que sont le Théâtre Saint-Denis, la Cinémathèque québécoise, la Maison Théâtre et l'ouverture plus récente de la Bibliothèque des Archives nationales du Québec (BAnQ), en 2006.

Accessible par la station de métro Berri-UQAM, la plus achalandée du réseau, le Quartier latin est désormais un campus étudiant bouillonnant de vie avec ses nombreux cafés, restaurants et bars. Il compte également plus d'une soixantaine de terrasses, certaines en rues et d'autres plus discrètes que l'on gagne à découvrir.

Le Quartier latin accueil chaque année un bon nombre de festival, dont Montréal Complètement Cirque, ainsi que le festival OUMF, qui célèbre la rentrée étudiante du début septembre.

On note également une tendance récente que l'on pourrait qualifier de ludique. Plusieurs commerces de jeux se sont installés sur le territoire depuis quelques années, au plus grand bonheur de tous.